Les dessins de Tolkien : cartes, illustrations et calligraphies de la Terre du Milieu #
Les premières influences artistiques de J. R. R. Tolkien #
La Tolkien Estate résume sa formation en une phrase : « Tolkien apprit à dessiner grâce à sa mère, puis à l’école. Son éducation artistique formelle cessa lorsqu’il quitta l’école. » C’est à ce moment, écrit-elle, qu’il « commença à explorer de nouveaux styles et à s’inspirer de sa propre imagination ». Il n’a donc jamais suivi de cursus d’art : tout ce qui suit relève d’une pratique d’autodidacte menée en parallèle d’une carrière universitaire.
Cette carrière commence à Oxford. Après une première tentative infructueuse, il obtient une bourse à Exeter College et s’y inscrit en 1911, d’abord en Classiques, puis en anglais à partir de 1913 pour suivre son intérêt pour la philologie germanique. C’est en tant qu’étudiant qu’il achète un carnet de croquis cartonné sur la couverture duquel il écrit Le Livre d’Ishness, et qu’il remplit de dessins d’idées abstraites qu’il appelle des « Ishnesses ».
Certains de ces « Ishnesses » ont été tracés à la hâte sur les pages d’un cahier d’exercices à lignes, quand le carnet n’était pas à portée de main ; d’autres sont des compositions soignées. Ce sont ces peintures abstraites de jeunesse que la Bodleian Library a présentées au public en 2018, aux côtés des manuscrits et des cartes.
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Cartographies et topographies : dessiner la Terre du Milieu #
« J’ai commencé, avec sagesse, par une carte, à laquelle j’ai subordonné l’histoire », expliqua Tolkien à un lecteur du Seigneur des Anneaux. La phrase, citée par la Tolkien Estate, dit l’essentiel de sa méthode : les cartes ne viennent pas après le texte pour l’illustrer, elles en conditionnent la géographie et les distances. Certaines furent « méticuleusement tracées sur du papier millimétré » en amont, d’autres « ébauchées alors qu’il écrivait, pour clarifier la scène dans son esprit ».
On retiendra surtout le détail matériel : du papier millimétré, des feuilles ajoutées, du ruban adhésif marron. Ces cartes sont des outils de travail avant d’être des objets d’exposition, et c’est ce qui explique leur précision — non pas un programme esthétique, mais la nécessité de savoir où se trouve chacun au jour près.
L’évolution des illustrations : du conte à l’épopée #
La plus ancienne image datée de son monde imaginaire est « Les rivages de Faërie », du 10 mai 1915. La Tolkien Estate la présente comme « la première illustration de son monde secondaire, peinte alors qu’il était étudiant à Oxford » : on y voit la cité des Elfes à Valinor, entourée des Deux Arbres qui portent la lumière du soleil et de la lune. La même année, « Tanaqui », tiré du Livre d’Ishness, montre cette même cité dans un style que l’Estate qualifie de surréaliste et de coloré — un style que Tolkien réemploiera plus tard pour ses dessins du pôle Nord.
Le gros de son œuvre illustrée pour Le Silmarillion se concentre ensuite sur deux années, 1927 et 1928 : « Glórund part à la recherche de Túrin » en septembre 1927, « Nargothrond » et « Halls de Manwe en haut des Montagnes du Monde, surplombant Faërie » en juillet 1928. Passé les années 1930, Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux absorbent ses forces créatives, et l’Estate note qu’il ne retrouvera jamais l’esprit de ces premières années ; il laissera Le Silmarillion inachevé à sa mort.
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Un tableau résume à lui seul la façon dont ces images circulaient d’un récit à l’autre. Peint en juillet 1928 sous le titre « Beleg découvre Flinding à Taur-na-Fúin », il fut rebaptisé bien plus tard « Forêt de Fangorn » et utilisé comme illustration pour Le Seigneur des Anneaux, les deux Elfes devenant probablement les hobbits Merry et Pippin. L’image ne suit pas le texte : elle est réaffectée à un autre texte, des décennies après. Si le sujet de la profondeur et du relief dans un dessin vous intéresse, voir aussi nos repères sur le dessin en volume.
Le travail ne s’arrête pas là : « Les Collines du Matin » est daté de novembre 1969, et les blasons héraldiques créés pour Lúthien Tinuviel et pour Eärendil datent des années 1960. Entre le carnet d’étudiant de 1912 et ces blasons tardifs, ce sont près de six décennies de pratique continue.
Symboles, lettrines et calligraphies imaginaires #
« L’intérêt de Tolkien pour les langues et les alphabets allait jusqu’à inclure également la calligraphie », écrit la Tolkien Estate : « il expérimenta différents styles d’écriture manuscrite et les utilisa comme éléments à part entière dans son travail littéraire pour désigner différentes cultures et même des personnages individuels ». L’écriture n’est donc pas un ornement posé sur le récit, c’est un moyen de caractériser qui parle.
La distinction la mieux documentée oppose deux systèmes. Les runes, dites l’Angerthas, sont « les lettres préférées des Nains » ; les tengwar sont les lettres elfiques. Les trois pages du Livre de Mazarbul, des années 1940, en font la démonstration : la première est entièrement en runes, la deuxième entièrement en tengwar, la troisième mêle les deux — et son écriture manuscrite a été volontairement rendue différente des précédentes pour indiquer des mains différentes. Plus tôt, en 1919, une partie du Conte de Túrin avait été écrite dans l’alphabet rúmilien, réservé selon le légendaire à Valinor.
Où sont conservées les archives graphiques de Tolkien #
Trois adresses institutionnelles répondent à cette question, et elles ne conservent pas les mêmes choses. Les Bodleian Libraries de l’université d’Oxford détiennent la collection JRR Tolkien ; leur atelier de conservation décrit publiquement comment les œuvres sur papier y sont montées et encadrées avant toute présentation, avec des charnières en papier japonais et de la colle d’amidon de blé. C’est là qu’a été organisée l’exposition Tolkien: Maker of Middle-earth, du 1er juin au 28 octobre 2018, qui présentait brouillons de manuscrits, illustrations, cartes et les peintures abstraites du Livre d’Ishness. Le site web dédié à cette exposition a été retiré le 24 octobre 2024.
La Marquette University, à Milwaukee, conserve de son côté les manuscrits originaux et de multiples brouillons de travail de trois livres — Le Hobbit (1937), Farmer Giles of Ham (1949) et Le Seigneur des Anneaux (1954-1955) — ainsi que l’exemplaire original du livre pour enfants Mr. Bliss, publié en fac-similé en 1982. Enfin, la Tolkien Estate publie en ligne une section « Peindre » organisée en illustrations, cartes et calligraphies, où chaque image porte sa date et sa notice ; elle existe aussi en français.
Ce qu’il ne faut pas confondre avec les dessins de Tolkien #
C’est la confusion structurelle du sujet, et elle vaut d’être tranchée une fois pour toutes : trois corpus distincts circulent sous l’étiquette « l’art de la Terre du Milieu », et ils n’ont ni les mêmes auteurs, ni les mêmes dates, ni les mêmes ayants droit.
En pratique, une image « de Tolkien » croisée sur un réseau social relève le plus souvent du deuxième ou du troisième corpus. Le test est simple et il ne coûte rien : une image du premier corpus porte une date, un titre et une notice sur le site de la Tolkien Estate ou dans le catalogue d’une institution. Si ces trois éléments manquent, l’attribution n’est pas établie — et nous ne l’établissons pas ici.
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À retenir #
Questions fréquentes #
Tolkien a-t-il illustré lui-même ses livres ?
Combien de cartes a-t-il dessinées pour Le Seigneur des Anneaux ?
Quel est son plus ancien dessin lié à la Terre du Milieu ?
Où peut-on voir ces œuvres ?
Ses dessins sont-ils libres de droits ?
- Tolkien Estate — « Peindre » et ses pages Cartes, Imagination, Le Silmarillion et Calligraphies.
- Tolkien Estate — Biographie, pour Exeter College et l’inscription de 1911.
- Bodleian Libraries — « Preparing JRR Tolkien’s drawings for display », sur le montage des œuvres sur papier.
- Marquette University — J.R.R. Tolkien Collection, pour les manuscrits et les dates de publication.
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Plan de l'article
- Les dessins de Tolkien : cartes, illustrations et calligraphies de la Terre du Milieu
- Les premières influences artistiques de J. R. R. Tolkien
- Cartographies et topographies : dessiner la Terre du Milieu
- L’évolution des illustrations : du conte à l’épopée
- Symboles, lettrines et calligraphies imaginaires
- Où sont conservées les archives graphiques de Tolkien
- Ce qu’il ne faut pas confondre avec les dessins de Tolkien
- À retenir
- Questions fréquentes