Le rideau est tombé sur la 45e édition de Quai des Bulles, le festival de bande dessinée de Saint-Malo, qui s’est tenu du 9 au 11 octobre 2026. Cinq prix ont été remis le samedi soir, et le palmarès dit beaucoup de l’état du dessin aujourd’hui : un humoriste du trait récompensé pour l’ensemble de son œuvre, un album d’auteur au graphisme très libre, un manga primé par un jury de jeunes lecteurs et une première œuvre saluée. Tour d’horizon, côté planche à dessin.
Plan de l'article
Tebo, Grand Prix 2026 : le dessin d’humour à l’honneur #
Le Grand Prix revient à Tebo, dessinateur né à Caen, connu notamment pour Samson et Néon et pour Captain Biceps, scénarisé par Zep, deux séries publiées chez Glénat, selon Livres Hebdo. Ce prix s’accompagne d’une mission concrète : le lauréat réalisera l’affiche de la prochaine édition.
Pour qui dessine, le choix est intéressant. Le trait de Tebo repose sur l’exagération et la lisibilité immédiate : des silhouettes rondes, des expressions poussées à l’extrême, un sens du gag visuel qui passe avant le détail. C’est un rappel utile qu’un dessin efficace n’est pas forcément un dessin chargé. Observer comment il construit une case comique, avec peu d’éléments et une pose très claire, reste un excellent exercice.
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Une affiche qui passe de main en main
La tradition de l’affiche confiée au Grand Prix explique celle de cette année. L’affiche 2026 était signée Tony Valente, l’auteur de Radiant, lauréat du Grand Prix de l’affiche 2025 et premier mangaka à le recevoir, comme le rappelait Unidivers avant l’ouverture. Après un auteur nourri au manga, le festival confie donc sa prochaine image à un spécialiste de l’humour franco-belge : deux écoles du dessin qui se succèdent.
Montefiore, meilleur album de l’année #
Le Prix du meilleur album distingue Montefiore de Pierre-Henry Gomont, paru chez Dargaud. Gomont fait partie des auteurs dont le dessin se reconnaît au premier coup d’œil : un trait nerveux, des personnages élastiques, des couleurs qui portent l’émotion autant que le texte. Ses planches sont une bonne leçon pour les dessinateurs qui craignent le « pas assez propre » : l’énergie du geste peut devenir une signature.
Akari, un manga choisi par les 18-35 ans #
Le Prix Ouest-France / Quai des Bulles, organisé avec Ici Bretagne et attribué par un jury de lecteurs et de lectrices âgés de 18 à 35 ans, couronne Akari de Marco Kohinata, publié par Le Lézard noir. Le signal est clair : le manga n’est plus une curiosité dans les festivals français, il est au cœur des goûts d’une génération de lecteurs. Quai des Bulles l’a d’ailleurs intégré depuis plusieurs années avec un pavillon dédié.
Pour les apprentis dessinateurs, c’est aussi une invitation à regarder au-delà des codes habituels du manga grand public. Le Lézard noir s’est fait une spécialité de titres au graphisme singulier, loin des standards du shōnen d’action.
Les premiers pas récompensés #
Deux prix regardent vers ceux qui débutent. Le Prix Révélation ADAGP / Quai des Bulles, réservé à un auteur ayant publié au maximum trois albums, va à Levure de Juliette Hayer, chez Sarbacane. Et le Prix Jeunes Talents 2026, issu d’un concours ouvert aux auteurs non professionnels, est remporté par Simon Robin. Le principe du concours mérite d’être connu : les participants devaient dessiner deux planches sur le thème « Roses Corsaires », proposé par les parrains Jean-Christophe Deveney et Édouard Cour.
Ce que ces concours apprennent aux amateurs
Deux planches imposées sur un thème, c’est un format court qui oblige à faire des choix : un découpage serré, une idée forte, un dessin lisible. Les concours de jeunes talents des festivals restent l’une des rares portes d’entrée concrètes pour se faire repérer sans passer par un éditeur. Ceux qui hésitent à se lancer peuvent dès maintenant s’entraîner sur ce format, en se fixant un thème et une contrainte de deux pages.
Lucky Luke et Dreamland, les deux anniversaires du festival #
Cette édition a aussi été celle des anniversaires. L’exposition « Lucky Luke court toujours ! », installée sur près de 400 m² à la chapelle Saint-Sauveur depuis juillet, célébrait les 80 ans du cow-boy créé par Morris, et une exposition au Palais du Grand Large fêtait les vingt ans de Dreamland, la série de Reno Lemaire lancée en 2006, en montrant le travail de scénario, de dessin et de couleur, détaille Unidivers. Breizh-info précisait que l’exposition Lucky Luke avait été conçue par l’association Quai des Bulles et la Ville de Saint-Malo, avec l’éditeur Dargaud.
Le public a suivi : Livres Hebdo évoque quelque 46 000 visiteurs en trois jours. Un dernier prix reste à attribuer : le Prix jeunesse Ville de Saint-Malo sera annoncé en décembre.




