Il y a des livres qui naissent d’une idée, et d’autres qui naissent d’un carnet de croquis. Samir, le nouveau roman graphique de l’autrice néerlandaise Aimée de Jongh, appartient clairement à la seconde catégorie. Paru le 9 octobre 2026 chez Dargaud, il raconte l’enfance d’un garçon syrien dans un camp de réfugiés de l’île grecque de Lesbos. Il est accompagné d’un second ouvrage, Dessiner Lesbos, qui dévoile les dessins pris sur le terrain. Pour qui s’intéresse au dessin d’observation, ce duo est une petite leçon sur la manière dont un croquis devient un récit.
Plan de l'article
Un récit d’enfance dans un camp de réfugiés #
Le personnage principal, Samir, est arrivé de Syrie à Lesbos avec ses parents, Hasan et Ezra. Selon la présentation de l’éditeur, la famille survit dans un camp, entre barbelés et entretiens administratifs qui décident de l’obtention de papiers ou du risque de détention. L’arrivée d’une famille afghane change son quotidien : Samir va guider une fillette, Lida, dans ce lieu difficile.
Le détail qui frappe, relevé par BandeDessinée.com, c’est que les deux enfants font connaissance grâce à une application de traduction. Une scène très contemporaine, qui dit beaucoup de la façon dont on communique quand on ne partage pas la même langue.
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L’album compte 176 pages, en couverture cartonnée, au format 177 × 248 mm. Aimée de Jongh signe à la fois le scénario, le dessin et les couleurs. Dargaud le classe dans son catalogue jeunesse, à partir de 9 ans, ce qui en fait aussi une porte d’entrée possible pour aborder la question des réfugiés en famille ou en classe.
Ni documentaire, ni pure invention
L’éditeur présente Samir comme une semi-fiction « nourrie d’histoires vraies ». BandeDessinée.com précise que le jeune héros n’est pas le portrait d’un enfant réel : c’est un personnage construit à partir de nombreuses rencontres. Aimée de Jongh avait déjà utilisé ce procédé dans Jours de sable (Dargaud, 2021), où un personnage imaginaire servait de fil conducteur pour raconter la Grande Dépression américaine.
Neuf ans entre le premier croquis et l’album #
L’histoire de ce livre commence en octobre 2017. Aimée de Jongh part alors à Lesbos avec deux autres autrices de bande dessinée, Judith Vanistendael et Mei-Li Nieuwland. Elles visitent les camps de Moria et de Kara Tepe, dans le cadre d’un projet soutenu par le Fonds Pascal Decroos, retrace BandeDessinée.com.
Sur place, une contrainte s’impose : la photographie y est interdite. Les trois dessinatrices travaillent donc avec ce qui reste autorisé, des carnets de croquis. Le reportage d’Aimée de Jongh, intitulé « De wachtkamer van Europa » (« La salle d’attente de l’Europe »), paraît en décembre 2017 dans le quotidien néerlandais NRC, en 25 planches. Une version anglaise, « Europe’s Waitingroom », est publiée en ligne sur Drawing The Times.
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L’autrice ne s’arrête pas là. Elle retourne à Lesbos en 2024 puis en 2025, rencontre des personnes réfugiées et des habitants de l’île, réalise de nouveaux portraits et prépare ce qui deviendra Samir. Ses recherches ont été suivies par la réalisatrice Catherine van Campen, dont le documentaire Aimée & Samir a été diffusé en décembre 2025 à la télévision néerlandaise. On y voit notamment l’autrice remettre leurs portraits aux personnes qu’elle a dessinées.
« Dessiner Lesbos », le carnet derrière le roman #
Pour les amateurs de dessin, le second livre est peut-être le plus précieux. Dessiner Lesbos est un ouvrage documentaire de 48 pages qui rassemble le reportage de 2017, des portraits réalisés en 2017 et en 2024, des croquis et des photographies. Ce n’est pas une version abrégée de Samir, souligne BandeDessinée.com, mais bien le matériau brut qui l’a précédé. Il est tiré à 3 000 exemplaires seulement.
Mettre les deux livres côte à côte permet de voir le chemin parcouru : d’un côté, des dessins faits sur le vif, dans l’urgence, parfois inachevés ; de l’autre, des planches composées, mises en couleurs, au service d’une histoire. C’est exactement le passage du carnet au récit que beaucoup de dessinateurs cherchent à maîtriser.
Ce que le dessin sur le vif apporte au récit #
Le cas de Lesbos montre une chose simple : quand l’appareil photo est interdit, le crayon devient un outil de témoignage. Un croquis demande du temps, une présence, souvent une conversation avec la personne dessinée. Il oblige à choisir ce que l’on garde et ce que l’on laisse de côté, là où la photo enregistre tout.
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Pour qui pratique le dessin d’observation, quelques enseignements se dégagent de cette démarche :
Le carnet comme mémoire
Les croquis de 2017 ont servi de base, des années plus tard, à un album entier. Garder ses carnets, les dater, noter les noms et les lieux, c’est se constituer une réserve d’images et d’histoires dans laquelle on pourra puiser longtemps après.
Le portrait comme lien
Les portraits réalisés sur place, puis rendus aux personnes représentées dans le documentaire, rappellent que le dessin peut aussi être un échange. Dessiner quelqu’un, c’est passer du temps avec lui, et souvent recueillir une partie de son histoire.
La fiction pour rassembler
Enfin, le choix d’un personnage inventé, nourri de plusieurs rencontres, permet de raconter sans exposer une personne réelle. C’est une piste intéressante pour tous ceux qui veulent transformer leurs croquis de voyage ou de reportage en bande dessinée.
Samir paraît également en néerlandais et en norvégien, selon le site de l’autrice. En français, les deux ouvrages sont disponibles chez Dargaud depuis le 9 octobre.




