Qu’est-ce qui relie « La Grande Vague de Kanagawa » d’Hokusai aux planches de « One Piece » ? Beaucoup plus de choses qu’on ne l’imagine. C’est toute la démonstration de l’exposition « De l’Estampe au Manga, le Japon Artistique », présentée à l’abbaye de Stavelot, en province de Liège, et qui vit ses dernières semaines : elle ferme ses portes le 29 novembre 2026. La RTBF lui consacre ce 5 novembre un coup de projecteur bienvenu — l’occasion idéale, pour les amoureux du dessin, de programmer une visite avant la fin du mois.
Plan de l'article
250 œuvres pour raconter deux siècles de dessin japonais #
Ouverte depuis le 29 janvier 2026, l’exposition rassemble près de 250 œuvres et objets, comme le détaille la RTBF. Le parcours est construit en deux temps, et c’est précisément cette construction qui en fait l’intérêt pour quiconque dessine ou apprend à dessiner : on y voit, salle après salle, comment un langage graphique s’est transmis et transformé sur deux siècles.
La première partie plonge dans l’estampe de l’époque Edo, ces images imprimées à partir de planches de bois gravées qui circulaient massivement dans le Japon d’alors. On y croise les plus grands maîtres du genre : Hokusai, auteur de la fameuse « Grande Vague » et de la série des « Trente-six vues du mont Fuji », mais aussi Hiroshige et Utamaro. Des objets anciens complètent cette section et rappellent que ces gravures étaient, en leur temps, un art résolument populaire — l’équivalent, toutes proportions gardées, de nos cases de bande dessinée.
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Des dōgas, des celluloïds et des dessins originaux #
La seconde partie fait un bond vers les XXe et XXIe siècles, et c’est elle qui attirera les fans de culture manga. Au programme : des dessins originaux, des dōgas — ces dessins de travail utilisés dans la production des films et séries d’animation —, des celluloïds et des figurines.
Les œuvres convoquées parlent à plusieurs générations : « Dragon Ball » d’Akira Toriyama, « One Piece » d’Eiichiro Oda, « Naruto » de Masashi Kishimoto, mais aussi « Astro Boy » d’Osamu Tezuka, le père fondateur du manga moderne. Les quadragénaires nostalgiques du Club Dorothée retrouveront « Les Chevaliers du Zodiaque » et « Nicky Larson », tandis que les amateurs d’animation d’auteur pourront s’attarder sur « Nausicaä de la vallée du vent ».
Ce que l’expo apprend à ceux qui dessinent
Au-delà du plaisir de voir des originaux, le face-à-face entre estampes et planches de manga est une leçon de dessin grandeur nature. La ligne claire et expressive, l’économie de moyens, le cadrage audacieux, le sens du mouvement figé au moment juste : tout ce qui fait la force graphique d’un Toriyama ou d’un Oda s’enracine dans le vocabulaire visuel forgé par Hokusai et ses contemporains.
Observer une vague d’Hokusai puis une scène d’action de « Dragon Ball », c’est voir le même problème de dessinateur — comment rendre l’énergie sur une surface plane — résolu à deux siècles d’écart avec des outils différents. Pour qui travaille son trait, carnet de croquis en poche, difficile de trouver meilleure école qu’une salle où les deux réponses sont accrochées côte à côte.
Un écrin millénaire pour l’art du trait #
Le lieu ajoute au charme de la visite : l’abbaye de Stavelot, fondée au VIIe siècle, est l’un des plus anciens sites monastiques de Belgique, reconverti en pôle muséal. Le contraste entre les voûtes anciennes et les planches de « Naruto » fait partie de l’expérience.
À noter pour organiser sa venue : d’après le site officiel de l’abbaye, le musée historique de la Principauté de Stavelot-Malmedy est fermé pour travaux du 2 novembre au 19 décembre 2026 — mais l’exposition japonaise, elle, reste bien accessible jusqu’à sa clôture. Le site annonce d’ailleurs déjà la suite : une exposition consacrée au tatouage, « Tattoo, histoires indélébiles », prendra le relais prochainement.
Dernière ligne droite jusqu’au 29 novembre
Il reste donc un peu plus de trois semaines pour découvrir « De l’Estampe au Manga, le Japon Artistique ». Pour les dessinateurs français, Stavelot se situe à une poignée de kilomètres de la frontière, dans les Ardennes belges, non loin du circuit de Spa-Francorchamps dont l’abbaye abrite également le musée.
Si vous hésitiez encore à faire le déplacement, le calendrier tranche pour vous : après le 29 novembre, les estampes retourneront dans leurs réserves et les dōgas chez leurs collectionneurs. Et les occasions de voir réunis, en un seul parcours, Hokusai, Tezuka, Toriyama et Oda ne courent pas les cimaises européennes.
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