Pour beaucoup de lecteurs francophones, Jirō Taniguchi reste l’auteur d’un seul registre : celui, contemplatif et pudique, de Quartier lointain ou de L’Homme qui marche. La Fondation Folon, à La Hulpe, près de Bruxelles, entend élargir ce portrait. Depuis le 17 octobre et jusqu’au 14 février 2027, elle consacre au mangaka une grande rétrospective, Jirō Taniguchi. Portrait lointain, avec plus de 150 planches, dont de nombreux originaux montrés en exclusivité.
Plan de l'article
Une première en Europe depuis plus de dix ans #
Selon la page officielle de l’exposition, il s’agit de la première exposition consacrée à Taniguchi en Europe depuis plus de dix ans. L’auteur, né à Tottori en 1947, est mort à Tokyo en 2017. L’exposition est montée avec plusieurs partenaires : la société Furari, qui gère son œuvre à Tokyo, les éditions Casterman, le Bureau des copyrights français de Tokyo et Wallonie-Bruxelles International.
Le projet est né d’un détour par le Japon. Comme le raconte ActuaBD dans un reportage publié le 31 octobre, c’est à l’occasion d’une grande rétrospective consacrée à Jean-Michel Folon au Japon que la fondation belge est entrée en contact avec les ayants droit du mangaka. Un croisement assez savoureux : Folon jouit d’une grande popularité au Japon, où la co-commissaire Isabelle Douillet-de Pange évoque une véritable « folomanie », tandis que Taniguchi a été davantage reconnu dans le monde francophone que dans son propre pays.
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Neuf portes d’entrée plutôt qu’une chronologie #
Le principal défi d’une telle rétrospective tient à l’ampleur de la production. Taniguchi n’a pas seulement signé des récits intimistes. Il a dessiné du western, du polar, de la science-fiction, des récits animaliers, de l’aventure, des fresques historiques et même un manga gastronomique, Le Gourmet solitaire.
Plutôt qu’un parcours chronologique, les commissaires ont choisi neuf sections thématiques. Ce découpage permet de suivre les grandes constantes de son dessin sans l’enfermer dans une période. On y retrouve la force du noir et blanc, la liberté du découpage, la place des sentiments, mais surtout le rôle des décors.
Des décors qui racontent
Chez Taniguchi, les rues, les maisons et les paysages ne sont jamais un simple fond. Ils imposent leur rythme au récit et obligent le lecteur à ralentir. C’est sans doute la meilleure leçon que l’exposition offre à ceux qui dessinent : observer comment une case presque vide, un toit, une ruelle ou un arbre, porte autant d’émotion qu’un visage. D’autres sections s’attardent sur son rapport aux sens, au fantastique et à la nature, animale, végétale ou minérale, qui occupe une place centrale dans son œuvre.
Le plus franco-belge des mangakas ?
Taniguchi s’est intéressé très tôt à la bande dessinée européenne, dès le début des années 1970, une influence alors rare chez les auteurs japonais. Cette proximité lui a valu l’étiquette de « plus franco-belge des mangakas ». Wladimir Labaere, éditeur manga chez Casterman, invite toutefois à la nuancer dans le reportage d’ActuaBD : ces influences existent, mais elles ne forment qu’une partie de son univers. Sa collaboration avec Moebius sur Icare, publiée chez Kana, montre bien ce dialogue entre deux traditions.
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Les dernières planches d’un dessinateur qui cherchait encore #
L’un des moments forts du parcours se trouve vers la fin. Une planche d’Invitation, récit de fantômes resté inachevé, retient particulièrement l’attention de la co-commissaire. Ce projet faisait partie des derniers sur lesquels Taniguchi travaillait avant sa disparition.
On y voit un auteur en pleine évolution. Dans ses dernières années, il délaisse peu à peu la plume pour le pinceau et se lance dans des récits plus personnels, réalisés sans ses assistants, alors que la production de manga repose habituellement sur un travail d’atelier. Pour un dessinateur au style aussi reconnaissable, ce choix dit beaucoup : même après des décennies de carrière, Taniguchi continuait d’expérimenter.
Le recueil Invitation, paru en 2026, rassemble ces histoires inédites et inachevées. Casterman publie aussi une nouvelle édition du Gourmet solitaire dans sa collection « Taniguchi comme en VO » : les 32 chapitres dans le sens de lecture japonais, avec de nouvelles numérisations des planches originales et une nouvelle traduction.
Le parcours de Taniguchi en français #
L’exposition rappelle aussi le rôle des éditeurs francophones dans sa reconnaissance. Casterman publie L’Homme qui marche en 1995, puis Le Journal de mon père et Quartier lointain au début des années 2000. Ce dernier reçoit le prix du meilleur scénario au Festival d’Angoulême en 2003 et fait découvrir Taniguchi à des lecteurs qui ne fréquentaient pas les rayons manga. Kana publie de son côté Le Sommet des dieux, adapté du roman de Baku Yumemakura, tandis que Le Seuil, Rue de Sèvres, Futuropolis, Panini et Pika complètent un catalogue très varié.
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Infos pratiques et rendez-vous #
L’exposition se tient à la Fondation Folon, à La Hulpe, jusqu’au 14 février 2027. D’après la page officielle, l’entrée à l’exposition temporaire coûte 10 € au tarif standard et 5 € pour les 7-18 ans ; elle est gratuite pour les 6 ans et moins. Plusieurs rendez-vous accompagnent la rétrospective : une projection du film d’animation Le Sommet des dieux au Cinéma Galeries, à Bruxelles, le samedi 12 décembre en présence du réalisateur Patrick Imbert, et une conférence de Benoît Peeters le 17 janvier à 14 h.
Ceux qui font le déplacement à Bruxelles peuvent prolonger la visite au Centre belge de la bande dessinée, qui présente l’exposition Mangatopia ; un partenariat entre les deux lieux prévoit 10 % de réduction sur Mangatopia, valable jusqu’au 17 mai 2027. Pour qui dessine, c’est l’occasion rare de voir de près comment travaillait l’un des plus grands auteurs de manga, case après case.




