Le manga a perdu l’un de ses grands dessinateurs. Tetsuya Chiba, l’auteur d’Ashita no Joe, est mort à 87 ans, a annoncé son éditeur Kodansha le mardi 27 octobre. Selon la dépêche d’Associated Press reprise par le Boston Globe, il s’est éteint la semaine précédente dans un hôpital de Tokyo, sans que la cause du décès soit précisée. Pour celles et ceux qui apprennent à dessiner, son travail reste une véritable école du mouvement et de l’émotion.
Plan de l'article
Sept décennies de dessin #
Né à Tokyo en janvier 1939, Tetsuya Chiba a passé une partie de son enfance dans le nord-est de la Chine, alors sous occupation japonaise. Sa famille est rentrée au Japon en 1946, rappelle AP. Il a commencé sa carrière en 1956 avec des récits destinés aux filles, avant de se tourner au début des années 1960 vers le manga pour garçons, notamment avec Chikai no Makyu, une histoire de baseball publiée en 1961.
Sa bibliographie traverse ensuite tous les sports : le kendo avec Ore wa Teppei, le sumo avec Notari Matsutaro, le golf avec Ashita Tenki ni Naare. Mais c’est la boxe qui a fait sa légende.
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Ashita no Joe, le boxeur qui a marqué le Japon
Scénarisé par Asao Takamori, Ashita no Joe a été dessiné par Tetsuya Chiba à partir de 1968. La série raconte l’ascension de Joe Yabuki, un jeune des bas quartiers qui trouve dans la boxe une raison de vivre. Selon la dépêche de l’agence Belga publiée par la DH, l’impact de l’œuvre fut tel que des lecteurs organisèrent des funérailles pour le principal rival de Joe.
En France, la série a été publiée par Glénat. D’après AnimOtaku, l’édition française compte 13 tomes, parus entre 2010 et 2012. Le site rappelle aussi que l’éditeur Vega publie depuis 2019 son manga autobiographique, Journal d’une vie tranquille, et qu’une grande partie de son œuvre reste inédite en français.
Ce que son dessin enseigne encore #
Regarder les planches d’Ashita no Joe avec un œil de dessinateur, c’est observer comment un trait simple peut porter une intensité énorme. Quelques pistes à travailler en s’inspirant de son approche, crayon en main.
Le corps en action. La boxe impose de dessiner des corps en tension : épaules qui tournent, appuis qui se déplacent, poing qui part. Un bon exercice consiste à recopier une case de combat en ne traçant d’abord que les lignes de force, sans aucun détail, puis à habiller cette structure. On comprend vite que le mouvement naît de la ligne d’action, pas des muscles.
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L’expression des visages. Le style de Chiba repose sur des visages lisibles, avec peu de traits, où la fatigue, la colère ou la détermination passent par les yeux et la bouche. Pour progresser, on peut dessiner une même tête cinq fois en ne changeant que la position des sourcils et des paupières. C’est un moyen très efficace de comprendre comment une émotion se construit.
Le silence entre les cases. Les grandes séquences d’Ashita no Joe doivent aussi beaucoup au rythme : cases muettes, cadrages serrés, pause avant le coup décisif. Dans un carnet, on peut s’entraîner à raconter une action en quatre cases sans aucun texte. C’est la meilleure façon de vérifier que le dessin raconte seul l’histoire.
Un auteur engagé et transmetteur #
Au-delà de son œuvre, Tetsuya Chiba a joué un rôle important pour la profession. La dépêche Belga indique qu’il a enseigné à l’université, dirigé l’association des auteurs de manga du Japon et reçu de nombreuses distinctions culturelles japonaises. AnimOtaku précise qu’il était devenu en 2024 le premier mangaka décoré de l’ordre de la Culture. AP le décrit comme un défenseur déclaré de la paix et de la liberté d’expression, et la DH rappelle qu’il évoquait volontiers ses souvenirs d’enfance en Chine.
Kodansha a aussi donné son nom à un prix qui récompense de jeunes auteurs de manga, le prix Tetsuya Chiba, créé en 1980. Selon AnimOtaku, ses obsèques se sont déroulées dans l’intimité, et l’éditeur étudie l’organisation d’une cérémonie publique d’hommage.
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Pour les lecteurs français qui voudraient le découvrir, l’édition Glénat d’Ashita no Joe et le Journal d’une vie tranquille chez Vega restent les deux portes d’entrée les plus accessibles. Et pour les dessinateurs, un carnet et une case de combat recopiée valent toutes les leçons.




